Carlisle Fragment
[...]
. . . . . . . . segré [së]ue
. . . . . . . . le si perceit
. . . . . . . . quer cil l'adeseit
. . . . . . . . pur conforter
. . . . . . . . sei i ad en la mer
. . . . . . . . dont li receile
. . . . . . . . e fu merveille
. . . . . . . . ne vus ocis
. . . . . . . . laschesce ne fis
. . . . . . . . [m]on [on]cle vengé [ëu]sse
. . . . . . . . sy idonc sëusse
. . . . . . . . [fu]stes mort
. . . . . . . . qui me freit confort
. . . . . . . . la dolur
. . . . . . . . sicom par s'amur
. . . . . . . . p[er]du sa vie
. . . . . . . . y sereie garie
. . . . . . . . et pus vivre
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . ëusse crïé
. . . . . . . . kant . . . [ein]te
. . . . . . . . seinte
. . . . . . . . [en] cest fol corage.»
. . . . . . . . teint el visage
. . . . . . . . la colur
. . . . . . . . fere d'amur
. . . . . . . . prise e plaisee
. . . . . . . . [e]st apuiee
. . . . . . . . cum li estut
. . . . . . . . merveille [nJe fut
. . . . . . . . gr[a]sse me vient
. . . . . . . . er si me tient
. . . . . . . . [d]elitier le cuer
. . . . . . . . e en la mer
. . . . . . . . sse que fut l'amer
. . . . . . . . t si amer
. . . . . . . . je me mettreie
. . e s. . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Cum bien crëus[tesJ vus, amis.
Si vus ne fss[e]z, ja ne fusse
Ne de l'amer rien [ne] sëusse.
Merveille est k'om la mer ne het
Qui si amer mal en mer set,
E qui l'anguisse est si amere!
Si je une foiz fors en ere,
Ja n['i] enteroie, ce quit.»
Tristran ad noté [ch]escun dit,
Mes el l'ad issi forsvëé
Par «l'amer» que ele ad tant changé
Que ne set si cele dolur
Ad de la mer ou de l'amur,
Ou s'el dit «amer» de «la mer»
Ou pur «l'amur» dïet «amer».
Pur la dotance quë il sent,
Demande si l'a[mur li] pr[en]t
Ou si ja grante ou s'el s'[a]st[ient].
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Par tant q[u'e]l voir le . . . te,
Car deus mals i put l'en se[n]tir,
L'un d'amer, l'autre de puïr.»
Ysolt dit: «[C]el mal que je sent
Est amer, mes ne put nïent:
Mon quer angoisse e pres le tient.
E tel amer de la mer vient:
Prist puis que [je çäen]z entray.»
Tristran respont: «Autretel ay:
Ly miens mals est del vostre estrait.
L'anguisse mon quer amer fait,
Si ne sent pas le mal amer;
N'il ne revient pas de la mer
Mes d'amer ay ceste dolur,
E en la mer m'est pris l'amur.
Assez en ay or dit a sage.»
Qant Ysolt ente[nt] son corage,
Molt est lie[e] de l'a[vent]ure.
[Entr'e]ls i ad [mainte emveisure],
Car ambedeus sunt en espeir:
Dïent lur bon e lur voleir,
Baisent, enveisent e acolent.
A Branguain de l'amur parolent:
Tant ly promettent, tant li dïent
Que par fïance s'entrelïent,
E ele lur voleir consent.
Tuz lur bons font priv[ë]ement
E lur joië e lur deduit,
Quant il pöent e jr e nuit.
[D]elitablë est le deport
Qui de sa dolur ad confort,
Car c[ë] est custome d'amur
De joie aveir aprés dolur.
Pus qu[ë] il se sunt descovert,
Qui plus s'astient e plus i pert.
Vont s'en a joie li amant
La haute mer a plein siglant
Vers Engleterrë a plein tref.
Tere ont vëu cil de la nef;
Il en sunt tu[it] lié e joius
Fors sul Tristran l amerous,
Car s'il alast par son voleir,
Grant tens ne la vousist vëer;
Mielz en amat Ysolt en mer,
Ses enveisures demener.
Vers la terre vont nequedent:
A la wëue de la gent
La nef Tristran est con[ë]ue.
Ainz que el seit a terre venue
Est esmëu un damoisel
Vers le rey sur cheval ignel;
En bois le trove si li dit
Que la nef Tristran ariver vit.
[Q]uant li reis l'ot, molt lié se vait.
Del damoysel chevaler fait
Pur ce qu'il li dit la novele
De Tristran e [d]e la pucele.
Encontre vie[n]t tresqu'el rivage,
Pus mande pur tut son barnage.
Ysolt devant a[menant vait]
E quanque estut pur ho[nur fait];
Esposé l'ad par grant [baldur],
E deduient soi tut [le jur].
Ysolt esteit de gran[t saveir],
Es chambres vient [cuntre le seir];
Dan Tristran la tien[t par la main].
A conseil apelent Br[anguain]:
Tendrement plor[e Ysolt e prie]
Que cele nuit ly fac[e aïe]
Vers le rey en lu [de reïne]
Pur ce qu'il la siet a [meschine]
N[ë] ele n'est mie p[ucele].
Tant enchanten[t la dameisele]
E prïent e font s[erement]
Que la requeste lur [consent].
[B]ranguain s'ap[areille e äurne],
Cum reine fust [sei aturne];
Pur sa dame [met sei el lit],
E la reïne [vest l'abit].
Markes est une . . . . . . . . . . . . . . .
D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tristran ad les cirges [esteint];
Cil prent Brangu[ain, a li l'estreint]
E son pucelage [li tolt].
En molt grant angu[isse est Ysolt]:
Quide que la veill[e traïr]
E vers le rey de[scoverir],
Que tant li plaisen[t li delit]
Que guerpir ne v[oldra le lit]
Molt est pres d'ilue[c en aguait].
Qant li reis ot [tut sun bon fait],
Branguain est del [lit sus levee],
E la reïne i es[t entree].
Aprés le vin o[vec li jut]
Issi k'onques ne [s'aparçut]
Quë autre fut [de la premiere];
Trove la de [bele maniere]
Si li mostre [molt grant amur],
Si grant joie, [si grant dulçur]
[...]
